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Declaration CAPD du 20 mars 2020
Publié; le 20 mars 2020 | Laurence

Cette CAPD a lieu en audioconférence avec 23 participants.

Déclaration du SNUDI-FO 77
CAPD du mars 2020

Madame la Directrice des services académiques de l’Education Nationale,
Mesdames et Messieurs membres de la CAPD,

Incohérence et manque cruel d’anticipation définissent malheureusement particulièrement bien la gestion gouvernementale de la crise sanitaire que nous traversons aujourd’hui.
Quand un ministre exhorte les salariés à se déplacer pour aller travailler mais fustige les personnes qui sortent de chez eux, est ce cohérent ? Est-il indispensable que les salariés d’Amazone, du BTP, des chantiers navals, et bien d’autres, continuent de se rendre sur leur lieu de travail ? Est-il vraiment prudent de maintenir en circulation les transports publics ? Pour une fois, ne devrait-on pas se limiter aux véhicules personnels, voire aux taxis qui ont effectivement été mis à la disposition des personnels soignants ?
Est-ce cohérent de maintenir le premier tour d’élections municipales pour pointer du doigt les promeneurs qui prennent un peu le soleil en rentrant des bureaux de vote ? Nous sommes d’accord, il y aura toujours des imbéciles pour se croire invulnérables, mais faire le tour des bureaux de vote pendant toute la journée pour ensuite aller dénoncer sur les plateaux télés les promeneurs est un manque cruel de bon sens.
N’est-ce pas un manque flagrant d’anticipation, quand il y a à peine plus de 10 jours, le président de la République se rendait au théâtre et expliquait ensuite qu’il fallait continuer à vivre, qu’il ne fallait pas créer la psychose ! Quand pendant des semaines, tous les plateaux télés ont affirmé que ce n’était qu’une petite grippette, la prise de conscience de la population face à l’urgence sanitaire sera forcément moins évidente.
Et lorsque l’on connait l’état de l’hôpital en France et les conditions de travail des personnels, ce n’est plus seulement du manque d’anticipation, mais la mise en danger de tous ceux qui y travaillent et de l’ensemble de la population française. Lorsque cela fait des mois, voire des années, que l’on détruit notre système de santé, que l’on ferme des lits, que l’on laisse les services d’urgence s’engorger, les bâtiments se délabrer, ce n’est plus seulement du manque d’anticipation mais de l’irresponsabilité. La mise en concurrence du secteur privé et du secteur publique, l’exigence de rentabilité, toute cette casse de l’hôpital public, nous allons malheureusement en payer le prix aujourd’hui. Il est affligeant d’entendre ceux qui dénigraient il y a encore quelques semaines le personnel soignant parler aujourd’hui de « héros du quotidien ». C’était en répondant à leurs revendications que l’on aurait pu leur rendre le meilleur des hommages.

L’éducation nationale n’est malheureusement pas mieux lotie. Lorsque dans la FAQ du ministère, on peut lire que les enseignants doivent se rendre dans les écoles pour donner les documents nécessaires aux familles qui n’ont pas d’imprimantes, ce n’est plus de l’incohérence mais de l’irresponsabilité. Il n’y a aucune cohérence quand, il y a quelques jours à peine, on ferme des écoles dans l’Oise et que quelques kilomètres plus loin, les enseignants sont obligés d’accueillir des enfants malades, contre l’avis du Samu. Alors même que l’on est incapable d’envoyer des médecins pour s’assurer qu’il n’y a pas de cas de coronavirus. Incohérence encore lorsque le ministre laisse entendre que le calendrier scolaire pourrait être modifié, alors que les enseignants se mobilisent et font tout ce qu’ils peuvent pour assurer l’accueil des enfants des personnels soignants et la continuité pédagogique. Quel manque de reconnaissance, quelle provocation même alors qu’ils essaient de pallier le manque d’anticipation du gouvernement et du ministère de l’éducation nationale.

Car effectivement, là où l’éducation nationale est reine, c’est dans le manque d’anticipation et dans les ordres contradictoires. Quand notre ministre, le jeudi matin, annonce qu’il est impensable que l’ensemble des écoles ferment alors que cette mesure sera annoncée le soir même ! Comment assurer une continuité pédagogique dans des conditions sereines en une journée, avec les enfants dans les classes, les parents, inquiets à juste titre, qui posent d’innombrables questions auxquelles personne n’a de réponse, et des médias qui assènent à longueur de journée que tout est anticipé mettant donc en porte à faux les enseignants.
Peut-être sommes-nous un peu utopiste, mais nous aurions aimé un ministère qui anticipe, qui prévienne ces personnels d’une possible fermeture des écoles bien en amont, qu’il laisse aux équipe le temps de s’organiser, de se préparer, au lieu des injonctions habituelles.
Comme celle d’ailleurs intimant l’ordre aux enseignants de se rendre dans les écoles le lundi matin, des écoles qui avaient servies de bureau de vote la veille et qui n’avait pas été, dans la grande majorité des cas, ni désinfectée, ni même nettoyée. Consigne relayée par les DSDEN, les circonscriptions, tout cela au mépris de la santé des collègues, à l’encontre du bon sens et de toutes les déclarations officielles. Cette injonction sera d’ailleurs modérée, ne faisant appel par la suite qu’aux personnes volontaires. Si seulement, il y avait eu de l’anticipation, que l’on avait laissé du temps aux équipes pour s’organiser… Mais là encore, nous sommes sans doute utopistes…

Reste maintenant à gérer la situation aujourd’hui. Tout d’abord, pour l’accueil des enfants des personnels soignants, il est impératif qu’aucune pression ne soit effectuée pour trouver des volontaires. Les enseignants sont des personnes responsables, et lorsque cela est possible pour eux et sans danger, ils se mobilisent. J’insiste sur le fait que toutes les questions, dans cette situation inédite sont légitimes. Quels sont les risque sanitaires, quel matériel de protection y aura-t-il à disposition des enseignants, sera-t-on bien couvert sur le trajet et pendant notre service, tout accident éventuel sera-t-il bien couvert par un accident du travail voire par la maladie professionnelle si elle est attrapée au contact des enfants que nous gardons.
Ensuite, concernant la continuité pédagogique, malgré le manque d’anticipation de la part du ministère, les enseignants, comme les personnels administratifs font au mieux pour résoudre les différents problèmes :
• Les réseaux qui saturent.
• Les difficultés à entrer en contact avec certaines familles
• Les contenus qu’il faut adapter pour à la fois garder le lien avec le enfants, et ne pas submerger et décourager des familles, qui doivent jongler entre télé-travail, gestion du travail des enfants, et nécessaires moments de décompression.

Durant cette période compliquée, la confiance doit être plus qu’un mot, elle doit être une réalité. Il serait inopportun de vouloir surveiller, contrôler, fliquer le travail des enseignants qui se démènent pour assurer au mieux leurs missions.
Citons par exemple la circonscription de Sénart où aucune pression n’a été effectuée sur les enseignants pour trouver des volontaires et où l’accueil des enfants de personnels soignants va se dérouler sans problèmes. Où dans un courrier l’IEN assure de sa compréhension et de son soutien toutes les personnes qui n’ont pas pu se porter volontaires. Au-delà de l’accueil, elle parle avec des mots forts de la continuité pédagogique et du travail que les enseignants commencent à mettre en place, de la confiance dont elle nous témoigne et de l’indulgence que nous devons avoir vis-à-vis de nous-même et de nos élèves. Ces mots sont forts car ce n’est pas une lettre type et que transparait la sincérité dans ses propos.

Pour terminer, et revenir à un cadre un peu plus général, nous reprendrons les propos d’un dangereux radicalisé, une personne qui a sans doute l’habitude de répandre des fake-news, une personne que Jean Michel Blanquer traite de menteur en direct à la radio. Nous devons probablement, comme cette personne, faire parti des 0,1 % qui ne soutiennent ni Jean Michel Blanquer, ni ses réformes. Voilà ces propos :

« Je n’ai jamais vu une telle rupture entre la majorité des enseignants et l’éducation nationale et son ministre. Les réformes ne sont pas seules en cause. Il y a de la souffrance au travail de la part de beaucoup d’enseignants. A cela s’ajoute la brutalisation des instituteurs par des injonctions permanentes, une évaluation systématique qui donne l’impression aux enseignants qu’il n’y a pas de liberté pédagogique. »

Voilà donc ce que déclarait Philippe Mérieu et qui fait écho chez de très nombreux enseignants. Que la crise que nous traversons aujourd’hui nous serve de leçon, quelle réveille nos consciences.
Arrêtons de collaborer à la destruction du service public et de l’école. Nous pouvons tous, chacun à notre niveau, nous devons tous, résister.


Nos questions diverses :

1/ Pouvez-vous nous informer sur les mesures de sécurité et d’hygiènes prises dans les écoles qui accueillent les enfants de soignants ?

2/ Y a-t-il des écoles qui regroupent ces enfants par commune par exemple ?

3/ Qui porte la responsabilité des élèves sur le temps méridien ?

4/Quelles dispositions pour les élèves avec des PAI ?

4/ Quel statut pour les collègues volontaires ? Sont-ils considérés comme étant sur leur temps de travail donc assurés dans leurs déplacements et sur le lieu.

5/ Avez-vous des informations sur le mouvement interdépartemental ? La circulaire est-elle disponible ?

6/ Qu’advient-il des rendez-vous pris avec le médecin de prévention ?

cale

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